Je ne connais personne qui travaille en relation presse. Ce que j’en sais vient uniquement de l’autre bout de la chaîne : des phrases qui apparaissent dans un journal et qui ne sonnent pas comme le reste de l’article.
Ce que recouvre la relation presse
Une organisation veut que les médias parlent d’elle, ou en parlent d’une certaine manière. La relation presse est l’ensemble des moyens employés pour ça : communiqués, dossiers, invitations, mise à disposition d’un porte-parole, réponses aux questions des journalistes.
Ce n’est pas de la publicité. La publicité s’achète et se signale. La relation presse propose de la matière et laisse la rédaction décider. Les deux poursuivent un objectif voisin par des chemins différents, et seul le premier porte une étiquette visible.
Comment ça arrive jusqu’à mon journal
Un communiqué part vers des dizaines de rédactions. Certaines l’ignorent. D’autres le reprennent tel quel, parfois raccourci. D’autres encore s’en servent de point de départ pour un article qui ira bien plus loin que ce que l’émetteur espérait.
Les trois issues existent, et la troisième est celle qui m’intéresse. Un communiqué devient alors un déclencheur plutôt qu’un contenu, et l’article qui en sort peut parfaitement déplaire à celui qui l’a envoyé.
Les marqueurs que j’ai appris à voir
| Marqueur | Ce qu’il suggère |
|---|---|
| Une citation sans question visible | Déclaration fournie, pas réponse recueillie |
| Un adjectif valorisant dans un texte neutre | Formulation reprise de la source |
| Un chiffre sans méthode indiquée | Donnée communiquée, non recalculée |
| Le nom complet d’un produit ou d’un programme | Reprise littérale de l’intitulé officiel |
Aucun de ces marqueurs ne prouve quoi que ce soit isolément. Trois dans le même article, en revanche, ça commence à dessiner quelque chose.
Un cas que j’ai pu remonter
En avril, un article sur un dispositif cantonal employait deux fois l’expression « simplification des démarches ». La tournure m’a frappée par sa régularité : exactement la même, à deux paragraphes d’écart, dans un texte varié pour le reste.
Le communiqué correspondant était en ligne. L’expression y figurait trois fois. La journaliste avait réduit, pas réécrit. Rien de condamnable, et j’insiste : réduire un texte officiel en gardant ses termes est un choix défendable quand le sujet est administratif.
Ce qui m’intéresse, c’est que l’article présentait cette formulation comme une description neutre du dispositif, alors qu’elle était l’argument de celui qui l’a conçu.
Pourquoi je ne juge pas les rédactions là-dessus
Une petite rédaction reçoit des dizaines de communiqués par jour, avec deux ou trois personnes pour tout traiter. Reprendre une formulation officielle prend trois minutes, la reformuler en vérifiant ce qu’elle recouvre en prend trente. Le calcul se fait tout seul.
Je préfère regarder le résultat et le nommer, plutôt que de distribuer des reproches à des gens dont je ne connais pas les contraintes. Ma place est celle d’une lectrice attentive, pas celle d’une évaluatrice.
Où lire les textes d’origine
Pour tout ce qui vient des autorités fédérales, la communication est coordonnée par la Chancellerie fédérale, et les textes diffusés restent consultables. Mettre le communiqué original à côté de l’article qui en dérive est l’exercice le plus instructif que je connaisse, et il ne coûte rien.
Ce que la relation presse ne peut pas faire
Elle ne peut pas empêcher un article. Elle peut retarder une réponse, cadrer une interview, proposer un angle plus confortable, mais la décision de publier reste de l’autre côté. Je l’ai longtemps imaginé autrement, avec une image de téléphone qui sonne et de pression exercée.
Ce qui m’a convaincue du contraire, c’est de lire des articles manifestement nés d’un communiqué et parfaitement désagréables pour celui qui l’avait envoyé. Le communiqué annonçait une bonne nouvelle, l’article posait la question du financement, et le porte-parole se retrouvait cité sur un terrain qu’il n’avait pas choisi.
Le pouvoir de la relation presse est en amont : fournir de la matière prête à l’emploi à des rédactions pressées. Ce n’est pas rien, et ça suffit la plupart du temps. Mais ce n’est pas un droit de regard.
Le silence, qui est aussi une réponse
Parfois un article indique qu’une organisation « n’a pas donné suite à nos sollicitations ». Cette phrase m’intéresse de plus en plus. Elle signale une tentative, un refus, et un choix de le dire.
Les trois éléments comptent. Une rédaction qui n’a pas appelé ne peut pas écrire cette phrase. Une rédaction qui a appelé et obtenu une réponse insipide n’écrira rien non plus. La mention du silence est donc un petit indicateur de l’effort fourni, et il est gratuit à repérer.
J’en ai relevé quatre en six mois dans mes trois titres. Peu. Je ne sais pas si cela signifie que les organisations répondent, ou que les rédactions renoncent à demander, ou qu’elles préfèrent ne pas afficher un refus. Les trois sont plausibles, et la différence entre elles est considérable.
Pour les entreprises et les associations, c’est plus inégal : certaines publient leurs communiqués, d’autres non, et dans ce cas la comparaison s’arrête faute de matière. Je le signale toujours quand ça m’arrive.
Ce que ça change à ma lecture quotidienne
Rien de spectaculaire, et c’est voulu. Je ne lis pas un journal en traquant les communiqués ; ce serait épuisant et assez triste. Le changement est plus discret : quand une phrase me paraît trop lisse pour le reste du texte, je m’arrête une seconde au lieu de glisser dessus.
Cette seconde d’arrêt suffit la plupart du temps. Soit la phrase retrouve sa place et je continue, soit elle reste suspecte et je note le titre pour y revenir le dimanche. Sur une semaine, j’en note deux ou trois, rarement plus.
L’autre effet est sur les articles qui annoncent un lancement, une ouverture, un partenariat. Ce sont les plus susceptibles de venir d’un communiqué, et ce sont aussi ceux que je lisais le plus distraitement. Maintenant je regarde d’abord qui est cité, et la réponse est souvent une seule personne, du côté de celui qui annonce.
La mécanique de reprise que je décris ici ressemble beaucoup à ce que j’ai observé avec les dépêches d’agence, et elle explique une partie des répétitions saisonnières que j’ai relevées dans mon relevé de marronniers.